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5 mai 2008
Dans ma lettre du 17 Mars dernier, parmi trois bilans essentiels, l'un de ceux
qui me paraissait le plus important concernait l'influence du réchauffement
sur nos techniques. C'est un aspect curieusement (et malheureusement) passé
sous silence dans notre pays. Comme je l'ai indiqué un bilan prévisionnel
à long terme devrait donc être établi, sinon nous risquons
de passer à côté d'un paramètre essentiel. Ce qui compte,
en développement durable, c'est le climat dans trente ou cinquante ans,
et non pas celui d'il y a vingt ans.
- N'est-ce pas utopique ou incertain ?
Reprenons les éléments qui me paraissent essentiels. Nos décisions
doivent être basées sur des analyses détaillées des
comportements thermiques des bâtiments et des équipements. De ce
fait, il est logique de se retourner vers les simulations. Comme je l'ai déjà
dit, la simulation n'est qu'une base de référence, pas une méthode
de spécification. Elle reste néanmoins très importante.
Ceci dit, sous une forme ou sous une autre, la simulation dont nous parlons
doit reposer sur des fichiers climatiques constituant ce qu'on appelle traditionnellement
les "années types", mais pas n'importe lesquelles. Celles dont
nous disposons actuellement valent généralement pour les années
1960-1980. Si l'on veut prendre en compte le réchauffement climatique
il faut recourir à des années types représentatives des
années 2050 ou plus.
- Est-ce vraiment possible ?
C'est un sujet qui agite déjà un certain nombre d'organisations
nationales, par exemple celles d'Australie ou de Corée du Sud pour sortir
d'Europe. Avec la tentation d'établir des modèles pour 2020, pour
2050 et pour 2080. Bien entendu sous forme probabiliste. En travaillant dans
ce cadre les projectionnistes danois, australiens et britanniques ont - par
exemple - déjà conclu que les besoins de chauffage seraient, dans
ces conditions et d'ici 2080, réduits de 30% alors que les besoins de
climatisation augmenteraient (pour une maison type) de 50%. Quoi qu'il en soit
de telles perspectives devraient conduire à s'attacher à ce genre
de prévisions. Je regrette qu'en France ce ne soit apparemment pas le
cas. On peut, néanmoins, faire quelques évaluations rapides.
- Peut-on donner des exemples ?
Si l'on consomme en énergie brute (en chauffage, sans tenir compte des
apports internes), en partant de 100 en 1990, on aboutit à 30 par suite
des améliorations d'isolation qui sont envisagées pour 2015, ce
qui conduira à 20 en 2080 (après réchauffement climatique).
Les apports internes deviennent alors nettement supérieurs aux consommations
brutes. D'où le recours de plus en plus inévitable, avec le temps,
à du chauffage de pointe qu'il sera commode de choisir électrique.
Si on y ajoute les besoins en climatisation, impliquant l'usage de machines
frigorifiques, le recours à l'électricité deviendra de
plus en plus attractif, avec - éventuellement - des pompes à chaleur
réversibles pour les installations autres qu'individuelles.
- N'est-ce pas catastrophique ?
Soulignons d'abord qu'il ne s'agit là que de prévisions de tendances,
me gardant du défaut trop fréquent de certains consistant à
vanter à tous prix telle ou telle énergie. Prenons le cas où
le chauffage (très réduit) serait électrique, votre question
sous-jacente est la suivante : cela va provoquer une augmentation de l'effet
de serre. Je suis désolé, mais c'est exactement le contraire.
Limitons-nous, pour le moment, au chauffage. Prenons l'exemple d'une consommation
finale de 1 kWh. Avec les chiffres courants cela fait, en électricité,
une consommation primaire de 2,8 kWh. Essayons de voir à quoi correspondent
ces 2,8 kWh. Prenons la production française d'électricité
de 2007, de l'ordre de 545 TWh. Sur ce total 419 TWh sont nucléaires
et 71 TWh issus d'énergies renouvelables (hydraulique plafonnant, éolien
en forte croissance, autres un peu incertains). Reste 55 TWh en thermique à
flamme. Cela signifie qu'à 1 kWh d'énergie électrique finale
correspond 0,28 kWh d'énergie primaire produisant du CO2. Alors que ce
serait 1 kWh d'énergie produisant du CO2 si nous utilisions des combustibles.
La conclusion qui va peut-être vous surprendre est la suivante : dans
le réseau français le kilowattheure électrique produit
bien moins de CO2 que le kilowattheure à base de combustibles courants.
- Vous faites donc, désormais, la publicité d'EdF
Respectons les silences actuels des discours sur le sujet. Regardons simplement
les choses en face. En 2050 vaudra-t-il mieux avoir des isolations très
poussées et des systèmes complexes plutôt que des centrales
électriques éoliennes. Je ne réponds pas, mais j'aimerais
bien que, dans les discussions européennes qui deviennent de plus en
plus absurdes, on regarde un peu mieux ce qui peut se passer au regard du développement
durable et de l'effet de serre. Et ce lorsqu'on tient compte du réchauffement
climatique plus ou moins inévitable, aussi bien que de l'équipement
dont chaque pays européen dispose ou peut disposer.
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